society 117 du 17 au 30 octovre 2019.jpg

Droit de réponse au magazine Society n°117 (17 octobre 2019)

Tout d’abord, je tiens à dire que je ne suis pas “fan” du docteur Wakefield. En toute honnêteté, je pense qu’il est plus un handicap pour les idées que je défends (le libre choix vaccinal) qu’un atout, vu les critiques dont il fait l’objet. Toute cette polémique liée aux liens suspectés ROR et autisme, aux éventuels intérêts personnels de Wakefield, et aux éventuelles fraudes de ses recherches, cristallisent l’attention et évitent de traiter de problèmes de fond liés à la vaccination. J’ai choisi de répondre à cet article, dont l’ourse de la Une m’a fait bondir : “Ils ont choisi de ne pas croire à la médecine. Ils pourraient tous nous rendre malades.”

Cette culpabilisation des “antivaccins” mérite une solide argumentation. A la place, l’article n’échappe pas à certains écueils : la caricature, la polémique sur le docteur Wakefield, la vaccination qui se résume à la rougeole, et l’acceptation sans contradiction de paroles d’expert.

Indépendance ?

Première remarque, le journal rassure Wakefield en précisant que Society n’appartient à personne, “nous sommes un groupe de presse indépendant”. Cela n’est en rien une garantie de l’indépendance de ce journal, puisqu’il est rempli de publicités ! L'indépendance éditoriale autoproclamée n'engage que celui qui la lit, et en matière de vaccination, elle n'existe pas à cause des ornières idéologiques des journalistes qui s'auto-censurent de façon inconsciente.

Jugements

Alors que l’interviewé se plaint d’une façon générale des journalistes, “son regard bleu acier est devenu accusateur… il a l’air d’un chef guérillero”. Ses yeux et sa tenue vestimentaire sont-elles signifiants ? (porteurs d’une menace guerrière ?) ou est-ce un simple jugement de valeur des journalistes qui discrédite le personnage ? Une façon d’influencer le lecteur de façon négative ?

Des accusations douteuses

On reproche au docteur Wakefield d’avoir été responsable de l’augmentation de la rougeole en Angleterre suite à la baisse de la couverture vaccinale qui a suivi ses déclarations. Society manque de contradiction : Michel de Lorgeril démontre, cartes européennes à l’appui, que la présence de la rougeole n’est pas liée au taux de couverture vaccinale.

On lit page 34 du magazine que les “antivaccins” ont “souvent un faible niveau d’études, qu’ils n’ont pas forcément le bagage pour se défendre aux théories complotistes rencontrés sur les réseaux sociaux”. Je ne le pense pas, des études de l’Inserm montrent le contraire. (cf le chapitre ignorant).

Principe de précaution

On apprend ensuite que le thiomersal (dérivé du mercure utilisé dans certains vaccins) faisait polémique, mais qu’il a été dédouané par de nombreuses études. L’argument est de dire que l’on s'inquiète pour rien. Moi je trouve logique qu’on se soit intéressé à sa toxicité à un moment donné, et je m’étonne même qu’un vaccin utilisant un dérivé de mercure n’ait pas fait l’objet d’études toxicologiques en phase de conception. Cette observation s’applique à tous les vaccins d’ailleurs : l’absence d’études toxicologiques est tout à fait scandaleuse. J’ajoute une précision : malgré les études dédouanant le thiomersal, de nombreux pays européens l’ont abandonné. En France, il ne reste plus que le vaccin anti lèpre qui l’utilise. Un principe de précaution apparemment, malgré toutes les études le dédouanant…

Le biais cognitif : la maladie mentale des "antivaccins" ?

Ca y est, on a trouvé ce qui ne va pas dans la tête des “antivaccins”! Page 35, une journaliste reprend à son compte une théorie développée par les psychologues, celle du biais cognitif : quand on est convaincu de quelque chose, on refuse une idée prouvant le contraire. Le biais cognitif altère le jugement. Mais n’est-il pas curieux que ce biais cognitif ne s’applique qu’aux "antivaccins" ? ! Les provaccins sont-ils donc immunisés contre cette maladie mentale ? !

Je me souviens avoir vu un étudiant en médecine quitter le stand d'ALIS, furieux, après avoir jeté un oeil rapide aux livres exposés, et sans qu’il ait été possible d’échanger avec lui : ce jeune étudiant déjà formaté par ses mandarins universitaires n’aurait-il pas été victime du biais cognitif ?

Internet

Fin de la page 35, Society précise que le développement d’internet, en propageant les rumeurs, renforce le biais cognitif. Mais le journal oublie de préciser que l‘Etat et les laboratoires ont largement investi le réseau ! Lorsque je tape le mot clé “vaccin” sur google, les 10 premières pages (soit 100 liens) sont provaccins : Etat, laboratoire, et presse. Si je tape “antivaccin”, je dois attendre le 35ème lien pour voir le site de la LNPLV. Deux autres liens sont neutres, et les 32 autres sont hostiles voire virulents à l’encontre des “antivaccins”. Il faut taper “libre choix vaccinal” pour voir apparaître en 1er lien la LNPLV, suivi de divers liens pros et antis. Je doute fort que ce soit le premier réflexe de l’internaute citoyen souhaitant s’informer et se faire sa propre opinion sur le sujet. 

Je suis en fait convaincu que Society se trompe : internet ne fait que révéler aux journalistes ce qui existait déjà : une position de nombreux citoyens pour le moins réticente à l’égard des vaccins et des labos. Les “bulles” (les groupes d’internautes) ne sont rien d’autre que de nouvelles formes d’associations. La LNPLV et ALIS n’ont pas attendu internet pour exister (elles ont été créées respectivement en 1954 et 1993). La première ligue antivaccinale est née en Angleterre il y a près de 150 ans !

L'origine de la méfiance française

Dans un encart p36, on peut lire : “Les vaccins peuvent être analysés comme une injonction étatique et dans le même temps, une infraction symbolique dans le corps humain à des fins collectives”. Et d’ajouter que les résistances françaises peuvent être datées de 1902, début de l’inscription de la vaccination dans la loi. Je suis d’accord sur ce point : on touche là un point crucial : s’il n’y avait pas l’obligation vaccinale, les “antivaccins” seraient moins actifs. Tout simplement parce qu’on respecterait leurs choix individuels. La violence de la vaccination n’est pas que symbolique : les “antivaccins” se sentent agressés physiquement. Quant aux résistances à la vaccination dans le pays où elle est née, elles ne datent pas d’hier. Au 19ème siècle, alors que la variole fait de nombreuses victimes en Angleterre (comme partout ailleurs), la vaccination antivariolique (mise au point par Edward Jenner) devient obligatoire en 1853. Dès 1869, de nombreux anglais ne veulent plus de la vaccination jugée trop dangereuse. Une Ligue Antivaccinale est crée alors à Leicester. Entre 20 000 et 80 000 personnes (selon les camps !) manifestent contre l’obligation en 1885, malgré les amendes et les emprisonnements, au nom de la liberté médicale, la police est totalement dépassée par cette révolte. Dans les années qui suivent, le taux de vaccination passe de 94 % à 15 %, avec un nombre de malades qui chute, grâce à des mesures d’hygiène enfin mises en place et au "Leicester Act" dont les mesures sanitaires vont vous sembler très familières : isolement du malade, surveillance des cas contacts, désinfection de tout le matériel utilisé par le patient. Des mesures qui paraissent dignes de bon sens, et qui existent depuis la fin du 19ème siècle.

La chercheuse qui s’exprime dans Society indique que les scandales du sang contaminé ou du Mediator n’arrangent rien. En effet ! Ces scandales ne sont pas de simples faits divers. Ils révèlent de graves dysfonctionnements de nos instances de santé publique. Lire le rapport dans Que Choisir ? n°593 juillet-août 2020 sur le Mediator (p14 à 19) pour s’en convaincre. P19 : “L’affaire du Mediator a mis en lumière jusqu’à la caricature les largesses que les groupes pharmaceutiques accordent au monde médical”. Et de citer Bruno Toussaint de la revue Prescrire : “...on sait de façon certaine que les liens financiers influencent la prescription des médicaments donc ont un impact sur la santé… Le chemin est encore long. Par exemple, des experts du conseil scientifique Covid 19 entretiennent des liens avec les firmes”. Si Bruno Toussaint était “antivaccin”, on qualifierait volontiers ses propos de complotiste! Pour rappel, la revue “Que choisir ?” est “expert indépendant sans publicité”...

Facebook

Society relève quelques “perles” trouvées sur le groupe Facebook “InfosVaccinsFrance”. Je ne m’exprimerai pas sur ce groupe, car je ne dispose pas de compte Facebook. Mes informations proviennent des livres et des associations citées au début de mon site. Dommage que le magazine n’y fasse pas référence… Il mentionne par contre que le “Baromètre santé” s’inquiète que les gens se tournent vers internet pour s’informer. Mon avis : peut-être serait-il temps que les médias fassent leur travail en permettant un vrai débat sur le sujet ! C’est peut-être ce que recherchent les citoyens en se détournant des médias.

Un drôle de zèle

Le magazine rapporte une parole d’une directrice d’école apparemment zélée car elle a refusé de prendre un enfant pour qui elle avait des doutes sur la validité du certificat de vaccination. “Je ne peux pas risquer de prendre un enfant qui n’est pas vacciné. Imaginez s’il contaminait tout le monde.” Voilà un propos qui justifie pleinement la Une de Society. Dommage que ce propos ne fasse l’objet d’aucun recul. Je vous renvoie au livre de Lorgeril : la plupart des vaccins sont égoïstes et non altruistes. Le propos repose sur une méconnaissance totale du sujet, sur une peur personnelle de la directrice, qui par ailleurs commet une faute professionnelle en refusant d’inscrire un enfant (la famille a 3 mois pour se conformer à l’obligation vaccinale, APRES l’inscription, une admission peut donc tout à fait se faire sans la mise à jour vaccinale). 

Un film doublement censuré

A la fin de l’article, qui montre Wakefield avec sa compagne top model à Miami, il est fait mention de son film polémique Vaxxed. Dommage que le journal ait oublié de dire qu’il a été interdit de salle à Paris (et pas seulement censuré au Parlement Européen). Censurer un film, c'est me semble-t-il un premier problème, et censurer la censure (les médias se sont tus sur le sujet), c'en est un autre ! Nous voilà dans une drôle de démocratie, car on a tout à fait le droit d'être provaccin, mais les médias pourraient a voir l'honnêteté de tout dire, encore une fois pour permettre au citoyen lambda de se faire sa propre opinion.

La terrible rougeole

Enfin, dans un autre encart p36, on peut lire les propos d’un pédiatre en colère contres les “antivaccins” car la rougeole tue. Encore une fois, tout se cristallise autour de cette rougeole (qui à elle seule a entraîné l’obligation de 11 vaccins). Quid des 10 autres vaccins obligatoires ? Rien non plus sur les chiffres. Les voici pour rappel : la rougeole tue en moyenne 1 personne par an, et parfois avec comorbidité.