MASS MEDIA

Anglicisme à consonance latine (pour faire "savant" !)

Etymologie douteuse :

  • en référence à la "masse" des médias (combien de chaînes sur la TNT?),

  • aux médias qui s'adresse à la "masse" de gens hypnotisés par leurs écrans,

  • ou les médias qui sont à la "masse"... 

 

Régulièrement, les infos tombent au J.T. ou à la radio : “un nouveau vaccin est à l’étude…”. Les vaccins n’échappent pas aux marronniers journalistiques : en septembre, il faut se faire vacciner contre la grippe, en avril, on a le droit à la semaine européenne des vaccinations. Ce sont des brèves, qui ne font l’objet d’aucune remise en question. De temps en temps, des articles surgissent autour de la polémique que suscitent les vaccins. Le dernier en date au fil de mes lectures : le courrier international n°1548 du 2 au 8 juillet 2020, p34/35. Cet article est à l’image de ce que je vois généralement dans les mass media : le débat existe en apparence, mais il est vite tranché.

Voici la recette journalistique :

1- D’abord, ne lisez aucun livre sur le sujet. Vous ferez votre propre cuisine.

2- Ensuite, interviewez un individu lambda, de préférence avec un accent campagnard, doutant des vaccins et utilisant des arguments ridicules. Si vous n’avez personne, surfez sur internet, vous trouverez vite des commentaires complotistes. Au pire, inventez des arguments antivaccins qui n’existent pas.  

3-  Soupoudrez d’adjectifs épicés à l’égard des antivaccins : virulents, irresponsables, mal informés, conspirationnistes, dangereux pour la société, etc. 

4- Incorporez à cette odieuse mixture un expert, qui chiffres à l’appui, montre comment la maladie et la mortalité a reculé depuis le vaccin (ce qui est vrai, depuis, et même bien avant le vaccin ! ). 

5- Une pincée de conseils de la sacro sainte OMS pour justifier telle ou telle mesure.

6- Si l’un des invités émet encore un doute sur le mets, enfumez tout le monde avec un peu de clairvoyance en déclarant le retour des maladies si les vaccinations s’arrêtent. La peur, c’est le succès garanti du plat.

7- La parole sera donnée en dernier à un pro vaccin bien sûr. Servir chaud, surtout pendant une crise sanitaire comme la covid.

L’émission "La tête au carré" du 3 avril 2019 sur France Inter nous invitait à développer notre esprit critique, en régulant le stock des informations reçues, et en ne partageant que celles qui ont été vérifiées, et ce afin de ne pas empêcher la liberté d’expression. A 3min30 seulement d'émission, le verdict tombe : les antivaccins sont des individus dont les idées sont dangereuses. C’est aussi coupant et rapide qu’une guillotine. Tribunal expéditif, sans plaidoirie.
https://www.franceinter.fr/emissions/la-tete-au-carre/la-tete-au-carre-03-avril-2019

Ecoutez les 45 dernières secondes du “téléphone sonne” de France Inter où le professeur Alain Fischer (on lui doit en grande partie le passage à 11 vaccins obligatoires), était invité !

https://www.franceinter.fr/emissions/le-telephone-sonne/le-telephone-sonne-03-janvier-2018

 

Ce marronnier d’une minute sur la grippe n’échappe pas à la fameuse recette :

https://www.franceinter.fr/info/le-vaccin-contre-la-grippe-est-disponible-depuis-ce-matin

J’ai déjà entendu, à la fin de tels marronniers, des journalistes présentateurs conclure: “n’oubliez pas de vous faire vacciner !”, sortant complètement de leur neutralité (qui n’existe d’ailleurs pas pour tout un tas de raisons : lire Noam Chomsky ou Pierre Bourdieu pour s’en convaincre, ou juste après).
 

Pour qu’il y ait débat, il faut des experts (et pourquoi pas des “non experts”) des deux camps, et il faut que les experts puissent échanger, pas juste juxtaposer leurs avis.
 

Mais peut-être y a-t-il consensus scientifique sur le sujet ? Que la polémique sur les vaccins n’est alimentée que par les ignorants et les illuminés ? Bah si ! Ils existent ! Et depuis longtemps, c'est bien pour ça que la polémique perdure sur les vaccins. On ne les voit pas, on ne les entend pas, mais... on peut les lire ! Aujourd’hui, ils se nomment par exemple Michel de Lorgeril ou Nicole et Gérard Delépine. Ils sont courageux d’écrire ce qu’ils pensent, car l’Ordre des médecins veille… et l’éditeur est également courageux, car lui aussi doit faire face aux éventuelles plaintes, donc les ouvrages en question ont passé déjà une certaine censure.

Je résume ma pensée : les vaccins, ça se discute (sauf pour l’ancienne ministre de la santé M.L. Touraine), mais on va faire plus simple : on vous dit QUI il faut écouter et QUE croire... Si Noam Chomsky me le permet (il veut bien), on voudrait fabriquer l’opinion qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Cet intellectuel américain nous rappelle cependant la mission des médias : " Les médias sont au service de la démocratie. Les médias devraient permettre une discussion libre, avec la participation des habitants, et établir la vérité sans se soumettre aux intérêts des pouvoirs politiques ou financiers." (p11 et 12, Un monde complètement surréel, N. Chomsky).

 

Les journalistes, malgré leur bonne volonté, ont des oeillères idéologiques. Je suis convaincu que de par leur culture, les journalistes sont a priori provaccins, et qu’ils trouvent tout à fait normal de traiter les “anti” de la manière qu’ils le font. De la même façon que les journalistes américains blancs ont des difficultés à témoigner des violences faites par des policiers blancs sur des noirs.

Voici l’aveu d’un journaliste noir : (extrait p20 Courrier international n°1548 “Les journalistes noirs se révoltent”)

" Nous savons aussi que le “journalisme objectif” neutre repose sur une pyramide de décisions subjectives : la sélection des sujets, leur hiérarchisation, les sources consultées, le choix des informations à mettre en avant ou à minimiser. Aucun processus journalistique n’est objectif parce qu’aucun humain ne l’est. Au lieu de promettre à nos lecteurs que nous ne laisserons jamais transparaître le moindre parti pris personnel, nous ferions mieux de nous engager à restituer des informations exactes, à présenter des points de vue avec lesquels nous ne sommes pas forcément d’accord et à poser des questions sensibles à des interlocuteurs avec lesquels nous aurions tendance à être d’accord." 

Et si on appliquait cette posture journalistique sur le sujet qui nous concerne ?

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