stiegler.jpg

Barbara Stiegler

De la démocratie en pandémie

Barbara Stiegler est professeure de philosophie à l'université. Ce court ouvrage est paru dans la collection Tracts de chez Gallimard, une collection précieuse qui permet à tous d'accéder à des connaissances universitaires. L'auteure présente son écrit comme un fruit collectif entre enseignants, chercheurs, soignants, et citoyens. Elle y décrit l'état de notre démocratie grosso modo pendant la première année de pandémie.

Je dois avouer que j'ai rarement été aussi en phase avec les écrits d'un auteur. Au vu de la clarté du propos, toujours illustré d'exemples, et de la sagesse qui s'en dégage, il est devenu évident que je devais en parler dans mon site internet sur les vaccins. Et pourtant, le livre n'en parle que très peu, juste à la dernière page, ce qui est logique puisque le vaccin Pfizer est arrivé en novembre 2020, soit juste avant la rédaction de l'ouvrage.

La grande idée du livre, j'espère ne pas trahir l'auteure, est que la pandémie a bouleversé notre démocratie. Cette dernière, en guerre contre le virus, a pris un virage obscurantiste. Au royaume de la Pandémie, il est vite devenu impossible de remettre en cause les décisions politiques prises, malgré une argumentation rigoureuse, sans se faire traiter de complotiste, ou de mauvais citoyen. Dès l'arrivée officielle du virus en France, le gouvernement "va se mettre à gouverner systématiquement par la peur..., a été lui-même, ...de bout en bout, gouverné par la peur. Par la peur panique du virus bien sûr, mais aussi par celle de la révolte sociale." (p20).  "Toute forme de vie sociale et d'agora démocratique était décrétée vecteur de contamination" (p34). "Les chroniqueurs... présentaient la peur du virus "pour soi-même et pour ses proches" comme un nouveau civisme..." (p37). La peur a muselé une partie de notre société, y compris de nombreux intellectuels, en empêchant les débats d'être exposés au grand jour, alors que c'est la seule voie qui puisse "aider les citoyens à réfléchir de manière critique aux rapports entre science et société" (p36). 

Barbara Stiegler évoque également le pouvoir qu'ont les mots choisis par nos dirigeants sur les conseils des Nudge Unit et des cabinets de conseil : télétravail, distanciel, vacances apprenantes, attestation dérogatoire de déplacement... Autant de nouveaux termes qui portent en eux une vision d'un nouveau monde. Plutôt qu"explosion inquiétante des contaminations", on pourrait dire "augmentation normale et prévisible des porteurs sains" ! (car inévitable dans une société où circule le virus et où l'on continue à vivre ! (p13). Je vous renvoie au chapitre "antivaccin" dans le même ordre d'idée. 

 

Elle s'inquiète de la domination de l'Asie qui inspire aujourd'hui notre économie, notre morale, notre culture et notre politique : le confinement, le traçage numérique dans un monde cybersécurisé, ou chaque citoyen est suspect, l'infantilisation du citoyen soi-disant incapable de réfléchir par lui-même.

Les politiques ont transformé le monde : il est devenu binaire, composé des populistes (les anti-masques, les antivax...) d'un côté et les progressistes de l'autre. Cette division annonce "la fin de la pluralité du monde savant" (p5).

Je partage ce constat, il est l'image de tout propos sur les vaccins. Il faut OSER parler, débattre !